Plusieurs centaines de personnes ont défilé, samedi 4 juillet, à Persan et Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) dans une ambiance calme et festive pour rendre hommage à Adama Traoré, jeune homme noir mort il y a dix ans lors de son arrestation par des gendarmes.
Durant l’heure et demie de marche, les manifestants et organisateurs ont notamment scandé « Justice pour Adama, on n’oublie pas ! » ou « Pas de justice, pas de paix ! ». Les noms de personnes tuées ou blessées par les forces de l’ordre ces dernières années ont également été égrenés.
« La justice française a dit qu’il y avait un non-lieu, mais nous connaissons tous la vérité. Nous savons que ces gendarmes sont responsables de la mort d’Adama Traoré », a déclaré sa sœur Assa, devant la gendarmerie où son frère est mort, le 19 juillet 2016. Plus tôt dans la journée, une plaque portant le nom d’Adama Traoré a été installée près de la mairie de Beaumont-sur-Oise, là où il a été interpellé.
La Cour de cassation a confirmé au début de l’année le non-lieu en faveur des gendarmes, une décision dénoncée par sa famille, qui espère désormais obtenir la condamnation de la France devant la justice européenne.
« Des Adama Traoré, il y en a encore ! »
« Nous avons pris dix ans et nous reprendrons dix ans encore pour mener d’autres luttes, pour continuer le combat », a ajouté Assa Traoré, qui est devenue l’un des principaux visages de la lutte contre les violences policières en France. Parmi les manifestants figuraient plusieurs élus de gauche, en particulier de La France insoumise (LFI).
Cet hommage au jeune homme mort à 24 ans a cependant été rattrapé par l’actualité, alors qu’une proposition de loi du parti Les Républicains, visant à instaurer une présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre, suscitait une forte inquiétude parmi les participants à la marche.
« Des Adama Traoré, il y en a encore ! Il y a eu des morts après Adama Traoré et il y aura encore des morts », a alerté sa sœur. Au micro, le député (Seine-Saint-Denis, LFI) Eric Coquerel a appelé à la mobilisation « pour empêcher cette loi ». Si elle venait à passer, « ce ne sont plus des dizaines de morts que nous allons pleurer, ce sont des centaines de morts », s’est-il inquiété. Une pétition appelant les députés à rejeter la loi avait réuni samedi après-midi 150 000 signatures.