Etonnant réquisitoire que celui prononcé, mercredi 23 septembre, par l’avocat général, Philippe Courroye, devant la cour d’assises de Paris, au procès des deux hommes accusés de la mort par balles de l’ex-international de rugby argentin, Federico Martin Aramburu, le 19 mars 2022, boulevard Saint-Germain. Le représentant de l’accusation a consacré beaucoup d’énergie à tenter de convaincre la cour et les jurés que Loïk Le Priol et Romain Bouvier ont bien commis un assassinat, et une tentative d’assassinat (punissables de la réclusion criminelle à perpétuité) pour requérir finalement des peines correspondant davantage à la qualification de meurtre sans préméditation (trente ans maximum).
Contre Loïk Le Priol, auteur des deux tirs mortels, « grenade dégoupillée », « accusé inamendable » à la « dangerosité criminelle avérée », Philippe Courroye a demandé vingt-sept ans de réclusion criminelle, sans peine de sûreté. Il a requis vingt ans contre Romain Bouvier, auteur des premiers tirs qui ont blessé Federico Martin Aramburu. Pour les autres accusés, l’avocat général a demandé à la cour d’acquitter Lyson Rochemir, l’ex-compagne de Loïk Le Priol, des faits de complicité de tentative d’assassinat, ne retenant contre elle que la dissimulation de preuves et requérant trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis ; contre Antony Sorrentino, l’ami de Romain Bouvier qui l’a aidé dans sa cavale, il a demandé la même peine, assortie de vingt-quatre mois de sursis.
La qualification des faits survenus le 19 mars 2022 constitue le cœur des débats depuis le début du procès. La défense des deux principaux accusés conteste celle qui a été retenue par l’instruction, Loïk Le Priol affirmant qu’il a tiré « par pur réflexe » pour se défendre – il ne soutient pas pour autant un acte de légitime défense, au sens strict de la loi – Romain Bouvier déclarant pour sa part qu’il n’a « jamais voulu tuer ».
La première question à laquelle la cour et les jurés devront répondre dans leur délibéré, vendredi 25 septembre, est de savoir si, en vidant leur chargeur en direction de Federico Martin Aramburu – quatre balles pour Romain Bouvier, dont deux ont atteint le rugbyman, six pour Loïk Le Priol, dont quatre ont touché leur cible – les deux hommes ont eu l’intention de tuer. S’ils répondent « oui », les deux accusés seront déclarés coupables de meurtre et de tentative de meurtre. Alors seulement, se posera la seconde question : ce meurtre et cette tentative de meurtre ont-ils été prémédités ? L’accusation leur demande de répondre affirmativement dans les deux cas.
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